St-Vigor-des-Mézerets : origines
Aucune découverte archéologique n'a été signalée, mais des traces protohistoriques existent à Marsangle et Condé-sur-Noireau, et des traces gallo-romaines dans quelques communes voisines comme Lassy, Pontécoulant, St-Pierre-la-Vieille, Lénault. Il a été retrouvé à Condé-sur-Noireau des traces des premiers âges de l'humanité, et il est donc possible qu'une agglomération gauloise existait, comprenant quelques habitations ou cabanes construites en troncs d'arbres. Des agglomérations de ce genre, plus ou moins indépendantes les unes des autres, peuplaient alors notre région couverte de forêts et désignée, comme la Bretagne, sous le nom d'Armorique.
La situation changeat lorsque 60 ans avant l'ère chrétienne les légions de Jules César envahirent la Gaule.

Occupation romaine
La conquête romaine créa un lien inconnu jusqu'alors : tribus, cités, villages se virent unis en zones administratives, sous la protection des légions cantonnées à Jublains (*1), ce qui amena la paix pendant plus de 3 siècles.
La cité gauloise la plus proche de Condé était celle de Vieux (*2), capitale des Viducasses et que les Romains allaient appeler Aregenua.
L'occupation romaine développa l'agriculture. Des colons venus d'Italie ou de ses colonies avec un nombreux personnel d'esclaves et d'affranchis, des soldats retraités de ses légions et aussi, à leur exemple, des paysans autochtones entreprirent le défrichement des forêts et mirent les terres en valeur. Un peu partout se fondèrent des villae, des mansiones : à St-Vigor-des-Mézerets, à St-Pierre-la-Vieille, à Lénault, à Lassy, à Cauville, à La Villette, à Proussy, à Condé. Jules Tirard a décrit la villa que créa un colon romain sur St-Pierre-la-Vieille et La Villette. Ces villae sont à l'origine de nos bourgades et villages.
Un autre résultat fut le développement du réseau routier. De Jublains, partit une route en direction de Vieux. Le tracé en a été relevé par M. Lambert. Cette voie entrait dans notre région par St-Germain-du-Crioult, descendait à Pontécoulant, franchissait le Tortillon et la Druance sur un tablier de madriers établi sur pilotis, et de là remontait, en longeant les limites de Proussy, vers St-Pierre-la-Vieille. Au carrefour des Forges-Virey, elle se divisait en plusieurs voies secondaires se dirigeant, l'une vers Vieux par Cauville et Hamars, l'autre vers Bayeux par Le Plessis-Grimoult et Hottot-les-Bagues, une troisième descendait vers Clécy pour rejoindre Jort et Lisieux.
D'autre part, de Pontécoulant partait une route vers Avranches dont les traces demeurent encore aux limites de Lassy et de La Rocque où elle est connue sous le nom d'ancien chemin d'Etouvy.

Invasions des Saxons, des Germains et des Francs
La paix romaine qui durait depuis trois siècles prit fin par les invasions des barbares venus du Nord de l'Europe. Dès le 2è siècle, les Saxons, ainsi appelés parce qu'ils étaient armés de longs couteaux dits sachs, débarquèrent sur nos côtes. Ils pillaient, dévastaient et se rembarquaient, et c'est pour les combattre que fut établie une série de camps occupés par les soldats romains.
Après avoir saccagé le pays, certains d'entre eux s'y installèrent, fondant à leur tour des établissements qui sont à l'origine de certains villages, comme celui d'Ecorchebeuf à Lassy, imposant partout leur nom et leur langage aux sites d'alentour.
D'autres barbares de race germanique, venus de l'Est, par voie de terre ceux-là, envahirent à leur tour notre région. Certains s'y établirent et y fondèrent d'importants domaines dans la vallée de l'Orne et sur les hauteurs qui la dominaient.
Les Francs vinrent ensuite et le pays se trouva ainsi peuplé finalement d'habitants de races et d'origines très diverses.

Evangélisation du Bocage
Aux premiers siècles de l'occupation romaine, la région ne connaissait d'autre religion que celle des druides. S'y était ajouté le culte de quelques divinités en honneur à Rome. Les druides purent exercer leur ministère jusqu'au 6è siècle. Au lieu dit la Plumaudière, sur Lassy et Monchauvet, subsistent encore des cromlechs et des alignements de pierres fichées en terre, que J. Tirard n'a pas craint de comparer aux alignements de Carnac.
Quant aux divinités de Rome, elles étaient honorées dans les petits temples élévés à proximité des routes et appelés fana. Sur la grande voie de Jublains à Vieux, après Pontécoulant, à deux cents mètres de la Druance, s'élevait, croit-on, un fanum de ce genre, auquel fut substituée une chapelle dédiée à saint Michel lorsque l'Evangile eut pénétré dans la contrée. La Chapelle existe toujours et a été reconstruite au siècle dernier par M. de Pontécoulant.
A ces cultes officiels s'ajoutaient une foule de pratiques superstitieuses, s'adressant aux fontaines, aux arbres, aux pierres auxquels étaient attribués des pouvoirs émanant de quelques divinités mystérieuses.
C'est au 6è siècle que pour la première fois, semble-t-il, l'Evangile fut prêché dans notre région, par saint Martin apôtre des Gaules et évêque de Tours, et un siècle plus tard par saint Germain évêque d'Auxerre.
Les derniers druides paraissent avoir disparu seulement au 6è siècle, alors que saint Vigor était évêque de Bayeux.
Saint Vigor est le patron de Danvou et de St-Vigor-des-Mézerets, et ce patronage commémore les voyages qu'il dut faire sur les Monts Dus, dans cette dernière paroisse, et sur les Bruyères de Lassy, proches de Danvou, pour les extirper de leurs dernières retraites.

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(*1) Jublains au sud-est de Mayenne
(*2) Vieux au sud-ouest de Caen


Documentation d'après « L'Histoire de Condé-sur-Noireau, de Camille Cautru »
© jc Ferrand, 2003-2006